Une avocate tuée en Irlande du Nord Rosemary Nelson défendait les catholiques. Sa voiture a été piégée. Le mardi 16 mars 1999
Londres de notre correspondant. Une avocate catholique, Rosemary Nelson, a été tuée hier en Irlande du Nord dans l'explosion de sa voiture piégée. Aucun groupe n'avait revendiqué hier soir l'attentat qui a tué l'avocate spécialisée dans la défense des droits de l'homme, mais les soupçons se portent sur les dissidents loyalistes protestants. Rosemary Nelson était notamment l'avocate des habitants de Drumcree, un quartier catholique de Portadown qui est chaque année l'objet d'un conflit majeur avec les orangistes de la petite ville protestante qui entendent défiler dans les rues nationalistes. Rosemary Nelson, bien connue en Irlande du Nord, avait rencontré il y a quelques semaines le Premier ministre britannique en compagnie des catholiques qu'elle défendait. La bombe placée sous son automobile a explosé lorsque l'avocate a fait démarrer son automobile devant son domicile à Lurgan, une petite ville au sud de Belfast. Les services de secours ont réussi à extraire la victime des décombres de sa BMW après lui avoir amputé les deux jambes, mais l'avocate est morte quelques heures plus tard à l'hôpital de Craigavon. Les républicains du Sinn Féin, la branche politique de l'IRA, rapprochaient hier soir cet attentat avec le meurtre, il y a dix ans, de Pat Finucane, un autre avocat catholique, tué par des loyalistes protestants. La plupart des groupes extrémistes protestants sont convenus d'un cessez-le-feu, mais deux mouvements dissidents, The Red Hand (la Main rouge) et l'armée orangiste, continuent à monter des attaques contre des cibles catholiques. La veille, une famille catholique avait échappé de peu à l'incendie criminel de sa maison à Larne, une ville protestante au nord de Belfast. Cet été, trois enfants catholiques avaient été tués dans l'incendie de leur maison par des loyalistes après que les orangistes, pour la première fois, eurent été interdits de défiler à travers les rues catholiques de Portadown. Hier soir, quelques heures après l'attentat, des affrontements ont opposé des jeunes catholiques aux forces de l'ordre dans les rues de Portadown et Lurgan. Cet attentat intervient à un moment délicat pour le processus de paix, bloqué en raison du désaccord entre le Sinn Féin et le Premier ministre d'Irlande du Nord, David Trimble, sur le désarmement de son aile militaire, l'IRA. Les deux parties devaient trouver un accord le 12 mars, mais cet ultimatum a été repoussé au 2 avril, premier anniversaire de l'accord de paix du vendredi saint. FRANÇOIS SERGENT ©Libération