Voyage Irlandais


Dernier baroud des orangistes en Irlande du Nord

Vingt et un policiers et soldats ont été blessés lors de heurts avec les extrémistes protestants.

Le jeudi 13 juillet 2000

Londres de notre correspondant

 

L'Ordre d'Orange n'a pas remporté hier une nouvelle «bataille de Boyne.» Comme chaque 12 juillet, la secte protestante célébrait dans toute l'Irlande du Nord la victoire, en 1690, de Guillaume d'Orange sur le roi catholique Jacques II. Des dizaines de milliers de fidèles ont battu le pavé, au son du fifre et du tambour, dansé autour d'immenses bûchers aux principaux carrefours et paralysé la région, mais ne sont pas parvenus à entrer dans les quartiers catholiques. A Belfast, comme à Portadown, trois jours plus tôt, ils ont buté sur les fortifications de l'armée.

En ce jour anniversaire, la province s'est une fois de plus enflammée. Vingt et un policiers et plusieurs soldats ont été blessés lors de heurts avec les extrémistes protestants. A Portadown, l'épicentre de la violence, les forces de l'ordre ont tiré avec des balles en caoutchouc sur les émeutiers et ressorti leurs canons à eau. A Lerne, dans le comté d'Antrim, un loyaliste (protestant) a été retrouvé mort, avec plusieurs balles dans la tête. Un autre a été tué d'un coup de couteau à Derry. Dans les deux cas, les enquêteurs parlent de règlements de comptes internes aux groupes paramilitaires protestants.

Pas moins de dix-sept marches étaient prévues hier dans l'ensemble de la province. La plus redoutée se déroulait sur Ormeau Road, au sud de Belfast. Une muraille métallique érigée sur un pont a permis de contenir près de sept cents orangistes bien décidés à défiler devant les riverains catholiques. «Nous voici de nouveau confrontés à cette obscénité qui bloque notre chemin», s'est écrié le révérend William Hoey qui a dénoncé la dispersion de ses ouailles.

Depuis le début du mois, l'Irlande du Nord renoue avec ses démons. Mais les barrières dressées par les autorités britanniques ont permis d'éviter un choc frontal entre républicains et loyalistes. Grâce à quelques murs d'acier, les affrontements ont avant tout opposé des protestants entre eux. Les manifestants ont surtout pris pour cible les policiers du RUC (Royal Ulster Constabulery), pourtant à 90 % protestants. Ceux qui disent agir au nom de la «Bible et de la Couronne» se sont heurtés aux troupes de Sa Majesté. Farouches adversaires du processus de paix, ils ont surtout mis en cause leurs propres dirigeants, coupables à leurs yeux de trahison, et notamment le Premier ministre local, David Trimble, l'artisan de l'accord d'avril 1998.

Les débordements de ces derniers jours suscitent des tensions au sein même de l'Ordre d'Orange qui compte près de 100000 membres. Une partie de la direction s'est dissociée des trublions et notamment de la loge de Portadown, un des bastions protestants parmi les plus durs. Les émeutes et la présence de plus en plus marquée, lors des marches orangistes, de paramilitaires loyalistes portent un coup sévère à l'image du mouvement. A l'issue de dix jours de violence, le quotidien The Guardian (gauche libérale) n'hésitait pas à parler dans son éditorial d'une «guerre civile inter unioniste.»

Par CHRISTOPHE BOLTANSKI

©Libération


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