Voyage Irlandais


L'IRA s'apprête à faire un premier pas vers son désarmement

Par Kevin McELDERRY

BELFAST, 2 décembre (AFP)

 

L'IRA, qui avait repris les armes il y a 30 ans pour "bouter" les Britanniques hors d'Ulster, s'apprêtait jeudi à effectuer un premier pas en vue de son désarmement pour compléter la mise en place historique de la paix cette semaine dans la province.

Le groupe armé devait entériner le processus de réconciliation en désignant dans la journée un représentant auprès d'une commission internationale chargée de superviser la neutralisation des arsenaux paramilitaires nord-irlandais, dirigée par le général canadien John De Chastelain.

La presse locale s'interrogeait jeudi sur la personnalité de cet interlocuteur qui pourrait être un ancien "commandant" des détenus de l'IRA à la prison du Maze près de Belfast, Padraic Wilson, ou Brian Keenan, considéré comme l'un des chefs de l'organisation.

Le choix entre les deux hommes pourrait s'avérer déterminant pour la suite des événements. Wilson, 42 ans, est perçu dans la mouvance républicaine comme plus modéré que son "frère d'armes".

En juin dernier, dans une interview, il estimait que "le désarmement volontaire" serait "une conséquence naturelle du processus de paix dès lors que nous aurons le sentiment que les institutions prévues (par l'accord de paix d'avril 1998) commencent à fonctionner".

En nommant un intermédiaire, l'Armée Républicaine Irlandaise doit remplir sa part du marché scellé à la mi-novembre entre responsables politiques protestants et catholiques sous l'égide du médiateur américain George Mitchell.

En vertu de ce compromis de relance de la paix, l'Irlande du Nord est entrée jeudi dans une nouvelle ère de partenariat après trois décennies de troubles qui ont fait quelque 3.500 morts.

Aux douze coups de minuit, assemblée et gouvernement locaux ont pris formellement possession de larges pouvoirs d'autonomie délégués par Londres après un quart de siècle d'administration directe.

L'exécutif nord-irlandais, réunissant les frères ennemis protestants et catholiques, devait tenir dans l'après-midi sa première réunion, lourde de suspicions réciproques qui restent à surmonter. Le parti protestant du pasteur fondamentaliste Ian Paisley (DUP) refuse pour l'heure de s'asseoir à la même table que le Sinn Féin de Gerry Adams ou même de "gaspiller sa salive" à lui parler.

"Beaucoup reste à faire" pour rapprocher les ennemis d'hier, a reconnu jeudi, philosophe, le ministre à l'Irlande du Nord Peter Mandelson, depuis Dublin où il a ouvert un nouveau chapitre dans les relations anglo-irlandaises.

Conformément à l'accord de paix, la République d'Irlande a renoncé à sa revendication territoriale sur les six comtés de l'Ulster britannique, inscrite dans deux articles de sa constitution fondatrice. Elle a également reconnu le principe d'autodétermination de l'Irlande du Nord, soumettant du même coup l'éventualité d'une réunification de l'île à un vote en ce sens de la majorité de ses habitants, aujourd'hui protestante.

L'avenir de la paix, qui s'est construite à vitesse sidérale en quatre jours, reste néanmoins suspendu à la réalité du désarmement de l'IRA.

Le Premier ministre local, le protestant David Trimble, a menacé de démissionner en février si aucune caisse de fusil n'est détruite d'ici là. Et M. Mandelson a fermement rappelé jeudi qu'il n'hésiterait pas "à suspendre le fonctionnement des institutions" si l'IRA traînait des pieds.

La mise "hors d'usage" du vaste arsenal de l'IRA (la plus grande organisation paramilitaire d'Europe occidentale) reste très difficile à accepter pour nombre de républicains, qui y voient une forme de reddition à l'ennemi britannique alors qu'ils ne s'estiment nullement vaincus.

"Dans la communauté nationaliste, la mentalité qui prévaut est : ne donne rien !", raconte à Belfast, un ancien prisonnier de l'IRA, sous couvert de l'anonymat.

"Il n'est pas nécessaire de restituer les armes. Ce ne sont pas les fusils qui tuent mais les gens qui les tiennent", ajoute-t-il.


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