Accord sur l'Irlande du Nord Le 10 avril, un accord qualifié "d'historique" a été trouvé entre les parties présentes à la négociation sur l'avenir de l'Irlande du Nord. C'est un compromis habile et qui devrait être ratifié sans grand problème par référendum. En revanche, la mise en œuvre du texte signé à Stormont sera très dépendante d'une dynamique de la réconciliation, à ce stade encore balbutiante. Les dirigeants les plus représentatifs des deux communautés se sont engagés très loin. Cet accord "à l'arraché", conclu avec de fortes pressions nationales (Tony Blair) et internationales (la diplomatie américaine a été omniprésente dans les coulisses d'une négociation présidée par un sénateur américain, Georges Mitchell) traduit assez fidèlement les intérêts de chacun des acteurs et les rapports de force entre eux. Du côté gouvernemental, les autorités britanniques, en ayant obtenu un cessez-le feu de l'IRA en juillet 1997, l'ouverture de négociations incluant le Sinn Fein, branche politique de l'IRA, en septembre, puis en apparaissant comme le principal maître d'œuvre de l'accord du 10 avril 1998, ont remporté un indiscutable succès. Tony Blair résout, au moins provisoirement, un problème dont les conséquences humaines et financières exaspèrent les Anglais. Il renforce sa légitimité pour continuer à réformer les structures étatiques britanniques, et conquiert un prestige nouveau sur le plan international. Le gouvernement irlandais, quant à lui, normalise complètement ses relations avec le Royaume-Uni en abandonnant ses revendications sur l'Ulster et peut espérer se débarrasser des activités de l'IRA sur son territoire. Le fait qu'il ne récupère pas dans l'immédiat le Nord de l'île ne représente pas une vraie concession, l'unification étant revendiquée mais pas nécessairement souhaitée par les autorités et la population de la République. LA REPRÉSENTATIVITÉ DES SIGNATAIRES Du côté des parties en conflit, trois formations unionistes ont signé l'accord dont la plus représentative, l'UUP de David Trimble. Très liée aux milieux d'affaires, soutenue par les classes moyennes protestantes, l'UUP mise sur les dividendes économiques induits par le retour au calme et une coopération avec la République d'Irlande. Chez les catholiques, le SDLP de John Hume, parti membre de l'IS (Internationale Socialiste), s'était beaucoup engagé dans les négociations et avait beaucoup à perdre à leur échec. Au Sinn Fein, les "modérés" apparemment majoritaires ont tiré les leçons de l'échec de la lutte armée. Étant donné la représentativité des signataires, il est donc hautement improbable, sauf explosion de violences, que le référendum prévu le 22 mai soit un échec. Cet accord, complexe à mettre en œuvre, entérine la communautarisation de la province. TROIS TYPES DE STRUCTURE L'accord repose sur un principe et devrait fonctionner grâce à trois types de structure. Le principe énonce que le sort de la population d'Irlande du Nord se règle par le vote majoritaire de celle-ci, exprimé par référendum, sur l'initiative du gouvernement britannique. Quel que soit le choix effectué, maintien au Royaume-Uni ou rattachement à la République d'Irlande, il s'impose aux deux États concernés. Les unionistes, majoritaires dans la province, sont, à court terme, rassurés. Les nationalistes placent leur espoir dans la démographie plus favorable, quoiqu'en baisse, de la communauté catholique. Les structures prévoient la mise en place d'une Assemblée d'Irlande du Nord avec une dévolution importante de compétences, d'un conseil ministériel Nord/Sud et de conseils anglo-irlandais. L'Assemblée, composée de 108 membres élus à la proportionnelle, devra prendre ses décisions les plus importantes à la majorité des deux communautés ou par 60 % des voix, dont 40 % au moins de chaque communauté. Tout député devra donc s'inscrire comme "nationaliste" ou "unioniste". Un Premier ministre (sans doute unioniste), un vice-premier ministre (nationaliste modéré ?) et dix ministres administreront la province dans les domaines sociaux, économiques et culturels sur le modèle déjà adopté par l'Écosse. Le conseil ministériel Nord/Sud, revendication des nationalistes longtemps rejetée par les unionistes, traitera des sujets de coopération transfrontalière entre les deux parties de l'Irlande. Un conseil irlando-britannique réunira les "îles" (Ulster, Écosse, Pays de Galles, gouvernement britannique, gouvernement irlandais) sur des domaines d'intérêt communs, et une conférence irlando-britannique fera le point sur la coopération gouvernementale entre les deux États. LES RISQUES DE BLOCAGE La signature de cet accord était une étape indispensable et il faut saluer l'intelligence politique et la détermination de Tony Blair et de Mo Mowlam, secrétaire à l'Irlande du Nord, comme celles des militants et dirigeants du SDLP qui œuvrent depuis des années à un compromis de cette nature. Il reste que la formule trouvée comporte beaucoup d'inconnues à court et moyen terme. Dans quelles conditions l'IRA et les milices unionistes vont-elles rendre leurs armes et accepter de se "recycler" dans une vie normale ? Comment va fonctionner ce dispositif institutionnel, lourd de blocages potentiels ? Plus grave pour l'avenir, cette organisation communautariste des institutions n'est-elle pas de nature à s'enkyster dans le jeu politique une division selon des critères nationaux/religieux qu'il serait grand temps de dépasser ? Frédérique Vinteuil 1. Le gouvernement du Royaume-Uni 2. Le gouvernement de la République d'Irlande 3. Les unionistes
4.Les nationalistes catholiques
5. Autres