Le Fianna Fáil Revient au Pouvoir !
Juin 97

Le Fianna Fáil et ses alliés progressistes démocrates ont remporté une étroite victoire sur la coalition sortante de centre gauche emmenée par le Premier ministre, John Bruton, lors des élections législatives irlandaises du 6 juin. Bertie Ahern, dirigeant du Fianna Fáil, a pris la tête du gouvernement le 26 juin.
Le Fianna Fáil, parti de centre droit, a obtenu 77 des 166 sièges du Dáil, la chambre basse du Parlement. Les progressistes démocrates, plus à droite, ont quant à eux obtenu 4 représentants au Dáil. L'alliance de ces deux partis a échoué, à trois sièges près, à s'assurer la majorité. Bertie Ahern a donc dû négocier le soutien de députés indépendants pour être élu Premier ministre le 26 juin, lors de la première séance de la nouvelle Assemblée législative. La "coalition arc-en-ciel" de John Bruton, rassemblant le Fine Gaël, la Gauche démocratique et le Parti travailliste, n'ont enlevé que 75 sièges.
Pour la première fois depuis 1981, le Sinn Féin, branche politique de l'Armée républicaine irlandaise (IRA), a obtenu, avec 2,5 p. 100 des voix, un député. Alors que tous ses prédécesseurs avaient boycotté le Dáil en signe de protestation contre une partition jamais acceptée, Caoimhghin O'Caolain a déclaré qu'il siégerait. Cette victoire fait suite à une série de succès électoraux pour le Sinn Féin : en mai 1997, la formation avait gagné deux sièges à la Chambre des communes britannique et remporté son plus grand nombre de représentants au sein du Conseil d'Irlande du Nord. Le scrutin a en revanche confirmé ce qui est devenu une règle de la vie politique irlandaise : depuis 1969, aucun gouvernement sortant n'a été reconduit. Celui de John Bruton, en place depuis décembre 1994, n'a pas bénéficié de la croissance économique sans précédent qu'a connu l'Irlande durant cette période.
L'accession au poste de Premier ministre de Bertie Ahern, ancien ministre des Finances, âgé de quarante-cinq ans, ne devrait pas modifier le cours des choses. Durant la campagne électorale, Ahern et Bruton ont défendu des politiques économiques et sociales assez similaires, s'engageant l'un et l'autre à baisser les impôts, à réduire le chômage, qui se maintient à un taux de 12 p. 100 de la population active, ainsi qu'à lutter contre la criminalité. En revanche, les observateurs s'accordent à penser que le changement de majorité pourrait relancer le processus de paix en Irlande du Nord.
Historiquement, le Fianna Fáil , qui avait refusé, en 1921, la partition de l'Irlande, s'est toujours montré plus enclin à la négociation avec les républicains nord-irlandais. Ahern a constamment maintenu des contacts publics avec Gerry Adams, le dirigeant du Sinn Féin, qu'il a promis de rencontrer très rapidement après son élection. Le Sinn Féin, de son côté, s'était montré favorable à l'élection de Ahern, estimant que Bruton manifestait trop de sympathie envers la majorité protestante d'Irlande du Nord pour négocier un règlement de paix équitable.
Écarté des pourparlers de paix, depuis que l'IRA avait rompu un cessez-le-feu de deux ans en 1996, le Sinn Féin espère que Ahern poussera le gouvernement britannique à lui faire des concessions. Le parti de Gerry Adams souhaite notamment réintégrer les discussions sur l'avenir de l'Irlande du Nord aussitôt que l'IRA aura décrété un nouveau cessez-le-feu, sans autres conditions de la part des Britanniques. La reprise des attentats par l'IRA, marquée par le meurtre de deux policiers le 16 juin, compromet cependant le retour au dialogue.