Sursis pour la paix du 16/08/2001 La crise des institutions semi-autonomes en Irlande du Nord vient de connaître un nouveau rebondissement : l'IRA a retiré, le 14 août, l'offre de désarmement présentée la semaine précédente. L'Armée Républicaine Irlandaise estimait que sa proposition n'avait pas été prise suffisamment au sérieux, ni par le camp unioniste, ni par le gouvernement britannique. C'est la deuxième fois en 18 mois que l'IRA revient sur une offre de désarmement, en représailles à une suspension des institutions nord-irlandaises par le gouvernement britannique. Mais, contrairement au 15 février 2000, cette fois l'IRA n'a pas rompu le contact avec la commission sur le désarmement des milices en Ulster. Au contraire, l'organisation a indiqué qu'elle «continuerait à suivre les développements», précisant que «le maintien de la paix est un effort collectif». L'IRA s'était par ailleurs retrouvée sur le banc des accusés après l'arrestation, le 13, à Bogota (Colombie), de trois de ses membres présumés, soupçonnés de coopération avec la guérilla colombienne. Grâce à une astuce juridique, les Britanniques accordent un nouveau délai aux deux camps pour qu'ils parviennent à un accord. Convocation de nouvelles élections, au risque de favoriser les extrémistes des deux camps ? Fin de l'autonomie ? Après la démission, le 1er juillet dernier, du Premier ministre protestant de la province, David Trimble, les Britanniques avaient en principe jusqu'au 12 août pour choisir entre ces deux mauvaises solutions. Ils ont préféré avoir recours à un tour de passe-passe juridique en suspendant symboliquement, pour vingt-quatre heures, les institutions autonomes d'Irlande du Nord. Ce qui donne par le fait même un nouveau délai de six semaines aux dirigeants politiques catholiques et protestants pour sortir de la crise et remettre sur les rails le processus de paix. «Les dates et les échéances sont là pour servir le peuple, non l'inverse», commentait, en annonçant la décision de Londres, le ministre britannique à l'Irlande du Nord, John Reid. La principale pierre d'achoppement demeure la neutralisation de l'arsenal de l'Armée Républicaine Irlandaise. L'IRA n'a jamais respecté, sur ce point, les accords de 1998. D'où la colère des unionistes et la démission de David Trimble, soumis à une forte pression de la part des éléments les plus radicaux au sein même de son parti. Le 6 août dernier, l'IRA s'était engagée, en réponse à de nouvelles propositions faites conjointement par les gouvernements britannique et irlandais, à mettre hors d'usage de manière «vérifiable et irréversible» une partie de ses stocks d'armes, mais sans fournir de calendrier. Le geste avait été jugé insuffisant par les unionistes, et Trimble avait maintenu sa démission. Il faudrait sans doute, pour qu'il accepte de revenir à la tête du gouvernement, que l'IRA, à défaut de donner un échéancier, commence, sur le terrain, à passer à l'acte. Le chef protestant pourrait alors faire valoir aux faucons de son parti qu'il a gagné son pari. Scénario trop optimiste ? Même si elle n'a pas apprécié la décision de Londres, l'IRA est attachée au maintien des institutions autonomes et au processus de paix. Jusqu'ici, ses dirigeants considéraient la question du désarmement comme leur dernière carte d'atout, à ne pas abattre avant la fin de la partie. Cette fois, ils sont au pied du mur. par Dominique Lagardedredi ©L'Express