Chris Patten appelle les catholiques à entrer dans la nouvelle police BELFAST, 28 novembre 2000 Le Commissaire européen pour les Affaires étrangères, Chris Patten, a appelé mardi la population catholique nationaliste à soutenir la mise en oeuvre du nouveau service de police d'Irlande du Nord, institué par une loi entrée en vigueur la semaine dernière à Londres. Dans un article publié dans le Belfast Telegraph, M. Patten, président de la Commission indépendante sur la réforme de la police, rompt 18 mois de silence en demandant à tous les partis politiques d'encourager "les jeunes des deux communautés à s'engager dans la police". Prévue par les accords de paix d'avril 98, la réforme du Royal Ulster Constabulary (RUC), fondé en 1921 et à 96 pour cent protestant, divise profondément l'Irlande du Nord. "Les partis politiques devraient obtenir de leurs représentants qu'ils prennent place au sein du Conseil de surveillance et des comités de partenariat de quartiers" de la police, écrit M. Patten. "Le temps est venu de laisser de côté les querelles politiques futiles et de bâtir le nouvel avenir du service de police", ajoute-t-il. Un des principaux responsables du Sinn Féin, l'aile politique de l'IRA, Mitchel Mc Laughlin, s'est dit "déçu" par cet article, en affirmant que M. Patten intervenait "sur ordre" du gouvernement britannique. Le Premier ministre de l'Irlande du Nord et chef du parti unioniste d'Ulster (UUP, protestant), David Trimble, a estimé que l'intervention du Commissaire européen représentait "un défi pour les nationalistes". "J'espère que le débat sur le nouveau plan de mise en oeuvre ne sera pas mis à profit pour marquer des points ou entamer une négociation", a déclaré M. Trimble. "J'espère, au contraire, que ces hommes politiques suivront la voie qui a été tracée : la priorité doit être de doter l'Irlande du Nord d'une police efficace". De son côté, le ministre britannique à l'Irlande du Nord, Peter Mandelson, a salué l'intervention de M. Patten et a appelé le SDLP (nationalistes modérés) à ne pas boycotter la nouvelle police. "Nous ne sommes pas parvenus à l'accord du Vendredi saint grâce à une politique de boycott et nous n'aurons pas la nouvelle police que nous voulons en Irlande du Nord avec une telle politique", a-t-il dit. Le Sinn Féin a déjà rejeté toute participation au sein des institutions de surveillance du nouveau service de police. Les dirigeants républicains trouvent que la loi de réforme ne va pas assez loin et n'est pas conforme au projet initial proposé par M. Patten. Les deux principales formations politiques d'Irlande du Nord, les Unionistes de l'UUP, côté protestant, et le SDLP, côté catholique, n'ont pas encore fait connaître leur décision finale. Lors des pourparlers de paix, les dirigeants catholiques ont donc exigé une réforme en profondeur de la police, tandis que les protestants militaient pour son maintien. En 1998, M. Patten et son équipe d'experts ont publié un rapport après un an de consultation populaire, proposant de recruter désormais un catholique pour chaque protestant, au sein du PSNI (Police Service of Northern Ireland).