Voyage Irlandais


David Trimble durcit le ton envers l'IRA pour apaiser son aile dure

par Hervé AMORIC

BELFAST (Irlande du Nord), 28 octobre 2000

Le Premier ministre d'Irlande du Nord le protestant David Trimble a sauvé son gouvernement en faisant échec à une motion radicale des ultras de son parti samedi à Belfast, mais au prix d'un durcissement de sa position envers l'aile politique de l'IRA qui sera lourd de conséquences.

M. Trimble a interdit aux deux ministres Sinn Féin de son gouvernement l'accès du Conseil des ministres Nord-Sud qui regroupe plusieurs fois par an l'exécutif de Dublin et celui de Belfast, et dont la prochaine réunion est prévue vendredi.

"Je ne signerai plus désormais aucune nomination pour que les élus du Sinn Féin participent au Conseil des ministres Nord-Sud", a déclaré David Trimble lors d'une conférence de presse, après la réunion du Conseil des cadres du Parti Unioniste d'Ulster (UUP) à Belfast.

"Vous pouvez lever cette sanction dès que vous le voulez", a lancé le chef du premier parti protestant au Sinn Féin et à son aile militaire, "il vous suffit de tenir votre parole" et de faire des progrès dans le domaine du désarmement.

La motion proposée par le patron des Unionistes et ratifiée samedi par 54,3 pour cent des cadres du parti promet que "cette sanction sera levée dès que l'IRA se sera engagée de façon substantielle à négocier avec la Commission" indépendante sur le désarmement du général canadien John De Chastelain.

Les cadres du Parti unioniste se sont prononcés par 445 voix contre 374 en faveur de la motion de leur chef qui remet en cause une pièce maîtresse de l'accord d'avril 1998, la plus chère au cœur des catholiques républicains.

Ils ont rejeté en revanche une motion plus radicale proposée par le chef des frondeurs Jeffrey Donaldson, exigeant le boycottage du gouvernement local et de l'assemblée d'Irlande du Nord si l'IRA n'a pas commencé à démanteler son arsenal avant décembre.

L'éviction du Sinn Féin a aussitôt provoqué de vives réactions au sein de la communauté catholique. Cette stratégie "nous mène tout droit vers la catastrophe", a affirmé le député Sinn Féin Gerry Kelly, tandis que le vice-président du parti Mitchel Mc Laughlin prévoit "l'effondrement du gouvernement et la destruction de l'assemblée".

De son côté, le ministre britannique chargé de l'Irlande du Nord Peter Mandelson a appelé au calme et demandé aux nationalistes d'éviter "toutes réactions hâtives".

Le Premier ministre d'Irlande du Nord a admis que le processus de paix entrait dans une phase critique: "J'avais prévenu dès le mois de juin Martin Mc Guinness et Barbre De Brun", les deux ministres du Sinn Féin, "que s'il n'y avait pas de progrès dans le domaine du désarmement en septembre, il y aurait une crise sérieuse."

L'IRA (Armée républicaine irlandaise) a ouvert mercredi quelques-unes unes de ses caches d'armes à une deuxième inspection de deux médiateurs internationaux. L'armée clandestine a également indiqué qu'elle pourrait rouvrir le dialogue sur le désarmement avec la commission du général De Chastelain, sans donner de date précise.

Mais ce geste n'a pas suffi à apaiser la colère de la communauté protestante et de ses représentants qui exigent le début du démantèlement de l'arsenal de l'IRA pour continuer à partager le pouvoir avec les dirigeants catholiques.

Les cadres unionistes ont prévu de se retrouver en janvier pour faire le point de la situation, ce qui donnera alors aux "durs" une nouvelle chance de faire tomber le gouvernement d'Irlande du Nord.


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