La fin d'un symbole de trente ans de troubles: la prison du Maze se vide BELFAST, 28 juillet 2000 Les derniers prisonniers pour crimes terroristes d'Irlande du Nord ont franchi vendredi les portes de la prison du Maze, près de Belfast, accueillis par les cris de joie de leurs proches et la colère des familles de leurs victimes. 78 prisonniers ont franchi vendredi les portes du Maze, bâtiment symbole de trente ans de troubles en Irlande du Nord et longtemps le plus important centre de détention pour crimes terroristes d'Europe. Sept autres prisonniers sont sortis de deux autres prisons de la province britannique. Ces prisonniers, dont certains sont responsables de quelques-unes des pires atrocités commises au cours du conflit nord-irlandais, qui a tué plus de 3.500 personnes, ont tous bénéficié d'une des clauses les plus controversées de l'accord de paix signé en avril 1998. L'accord prévoit la libération de tous les prisonniers auteurs de crimes terroristes d'ici fin juillet 2000, à condition que leurs milices aient décrété un cessez-le-feu et qu'ils aient purgé au minimum deux ans de leur peine. Au total, 428 prisonniers terroristes, dont 143 condamnés à la prison à vie, auront bénéficié de ces libérations anticipées. Peu avant 09H00 locales (08H00 GMT), le premier détenu est sorti du Maze, fuyant l'objectif des caméras et appareils photos et évitant de répondre aux supporters qui l'acclamaient. Les consignes des milices paramilitaires semblaient claires : adopter un profil bas et éviter tout geste triomphaliste pour ces libérations, qui se déroulent par appartenance aux groupes paramilitaires, et sont dénoncées par beaucoup de proches des victimes, et par les adversaires du processus de paix dans le camp protestant. Les premiers à sortir ont été 26 membres des diverses milices paramilitaires loyalistes protestantes (l'UVF, l'UDA/UFF et la LVF), suivis en fin de matinée des premiers prisonniers républicains catholiques, 6 membres de l'INLA (Armée de libération nationale irlandaise), puis des premiers des 46 prisonniers de l'IRA (Armée républicaine irlandaise). La sobriété du camp protestant contrastait avec la joyeuse ambiance côté catholique: cris de joie des familles, confettis et champagne ont salué la sortie des membres de l'IRA, donnant lieu à des scènes de liesse qui s'apparentaient plus à un mariage qu'à une sortie de prison. Seul le "chef" des détenus catholiques, Jim Mc Veigh s'est exprimé, affirmant que ses hommes quittaient le Maze "fiers d'être Républicains, droits et déterminés". Ils ont été chaleureusement accueillis par Gerry Kelly, l'un des responsables de l'IRA, lui-même ancien détenu de cette prison. "Ici, tous les prisonniers sont des victimes", a-t-il commenté. William Frazer, qui a perdu son père, ses deux oncles et deux cousins dans des attentats, s'est dit choqué à la vue de "ces tueurs en série qui sortent aujourd'hui, et croient avoir le droit de tuer des gens au nom de leur cause". Pour le ministre britannique à l'Irlande du Nord Peter Mandelson, ces libérations sont "un moment très difficile et une pilule amère à avaler pour beaucoup de gens", mais justifié par "la paix que nous vivons en Irlande du Nord, même si c'est une paix imparfaite". Vendredi soir, le Maze a refermé ses portes sur 15 prisonniers, qui seront bientôt libérés ou transférés vers d'autres prisons. Ces derniers n'auront, soit pas accompli encore les deux ans nécessaires pour bénéficier d'une libération anticipée, soit été condamnés pour des crimes sans caractère politique, soit pour des délits commis après la signature de l'accord de paix. Après sa fermeture définitive prévue d'ici la fin de l'année, le Maze pourrait être détruit, ou transformé en monument commémorant les années de troubles, comme l'a suggéré un universitaire de Belfast.