Voyage Irlandais


Tony Blair et Bertie Ahern se résignent à la démission de David Trimble

par Hervé AMORIC

HILLSBOROUGH (Irlande du Nord), 28 juin 2001

Le Premier ministre britannique Tony Blair et son homologue irlandais Bertie Ahern semblaient résignés, malgré une ultime série de discussions jeudi à Belfast, à voir démissionner dimanche le protestant David Trimble de son poste de Premier ministre d'Irlande du Nord.

M. Blair a immédiatement annoncé que les pourparlers entre Londres, Dublin et les partis signataires des accords de paix d'avril 1998 reprendraient "dès la semaine prochaine" au niveau ministériel.

Ils auront pour but "d'arriver le plus tôt possible à des négociations intensives", présidées de nouveau par MM. Blair et Ahern, a expliqué le chef du gouvernement.

Les Premiers ministres britannique et irlandais étaient venus en Irlande du Nord prendre les rênes des pourparlers jeudi après-midi, pour s'assurer que "malgré les difficultés", le dialogue continuerait entre les acteurs-clés, afin d'éviter l'effondrement du processus de paix.

Après cinq heures de sommet au château d'Hillsborough, près de Belfast, Tony Blair a admis lors d'une conférence de presse à l'issue des discussions, que "des difficultés importantes doivent encore être surmontées". Il n'y a "pas d'autre solution que de s'asseoir et de résoudre les problèmes pratiques qui demeurent", a-t-il toutefois souligné.

"Mon message à l'IRA est simple", a lancé le Premier ministre britannique, "il est absolument essentiel pour que nous puissions avoir un processus stable en Irlande du Nord, que les armes (de l'IRA) soient neutralisées".

M. Blair a également reconnu qu'un progrès dans la réforme de la police était "nécessaire" et que Londres et Dublin "doivent tenir leurs engagements", une allusion au démantèlement des installations militaires britanniques en Irlande du Nord, exigé par les dirigeants catholiques.

"Les problèmes sont complexes", a ajouté le Premier ministre irlandais, "mais les arguments sont connus et bien compris de tous".

"Nous avons simplement besoin de nous mettre au travail ce qui prendra du temps, des efforts et de l'éloquence", a conclu Bertie Ahern.

De son côté, le chef du premier parti protestant David Trimble a confirmé sa démission, effective dimanche, de l'exécutif bicéphale d'Irlande du Nord, faute de désarmement de l'IRA (Armée républicaine irlandaise), d'ici là.

A l'issue de sa rencontre avec les deux chefs de gouvernement, M. Trimble n'a pas caché son pessimisme. Le général canadien John de Chastelain, chargé du désarmement des paramilitaires, "doit publier vendredi un rapport qui montrera qu'"absolument aucun progrès n'a été fait par les républicains" sur la question du désarmement, a précisé David Trimble.

"A partir de dimanche, nous aurons six semaines et à la fin de ces six semaines, s'il n'y a pas de progrès alors je m'attends à ce que les institutions s'effondrent", a-t-il souligné, renvoyant la balle dans le camp de Londres et Dublin.

En revanche, M. Trimble a précisé qu'il comptait déléguer l'un des 3 ministres de sa formation (Unionistes d'Ulster) pour présider les séances du cabinet afin que l'administration nord-irlandaise "poursuive son travail pendant les six prochaines semaines".

"L'heure des choix est arrivée" pour Londres, a pour sa part estimé Gerry Adams, président du Sinn Féin, l'aile politique de l'IRA. "Nous exigeons un plan global avec une solution coordonnée à tous les problèmes qui restent à résoudre".

Un mois et demi: c'est donc le temps dont disposeront les artisans du processus pour trouver une formule permettant la mise en oeuvre finale des accords du Vendredi saint, conclus il y a plus de trois ans.

Passé ce délai légal, le ministre britannique John Reid sera contraint de suspendre l'assemblée locale ou de la dissoudre et d'organiser de nouvelles élections.


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