Les unionistes à J-1 d'un vote décisif pour le processus de paix BELFAST (Irlande du nord), 27 octobre 2000 Le chef unioniste David Trimble, Premier ministre d'Irlande du nord, se préparait vendredi à livrer une bataille décisive pour son avenir politique et le processus de paix dans la province dirigée depuis deux ans par un gouvernement biconfessionnel. Samedi, M. Trimble sera confronté à une révolte d'une partie des 860 cadres de son parti, l'UUP (Ulster Unionist Party), déterminés à mettre un terme à l'expérience de partage du pouvoir avec les catholiques si l'Armée républicaine irlandaise (IRA) ne commence pas à remettre à la police les armes et munitions qu'elle détient. Le chef de file des "frondeurs" de l'UUP, Jeffrey Donaldson, a mis en garde M. Trimble : si d'ici le 30 novembre, l'IRA n'a pas commencé à rendre son arsenal, en vue de sa destruction, le gouvernement biconfessionnel nord-irlandais né des accords d'avril 1998 aura vécu. Samedi, M. Donaldson devrait donc présenter une motion appelant les députés de l'UUP à boycotter l'assemblée de Stormont et l'exécutif si aucun progrès n'est enregistré à l'expiration de l'ultimatum. La motion proposera aussi une pause dans la réforme de la police (la Royal Ulster Constabulary/RUC), c'est à dire son changement de nom et son ouverture à des catholiques. Tous les analystes en conviennent : le vote de samedi sera serré. La dernière fois que partisans de MM. Trimble et Donaldson s'étaient comptés, lors d'un vote du conseil de l'UUP en mai, les deux camps étaient pratiquement à égalité: 53% en faveur du Premier ministre, 47% pour son rival. D'intenses négociations se déroulaient vendredi pour tenter de trouver un terrain d'entente entre les deux factions mais les experts estimaient peu probable un compromis. Requinqué par le soutien appuyé du Premier ministre britannique Tony Blair jeudi et le fait que l'IRA ait autorisé une nouvelle visite de plusieurs de ses dépôts d'armes, David Trimble est peu disposé à abandonner une expérience de gouvernement qui recueille semble-t-il un soutien croissant dans la population nord-irlandaise. Au sein de la communauté protestante, 68% des électeurs de l'UUP soutiennent toujours M. Trimble et 60% sont d'avis qu'il doit rester à la tête du parti, selon un sondage auprès de 1.000 personnes publié vendredi par l'Institut d'enquêtes marketing d'Ulster. Jeudi, M. Trimble a qualifié de "lettre au Père Noël" les propositions de M. Donaldson, qui a modérément apprécié. Au cours de son déplacement à Belfast, le même jour, Tony Blair a été très clair. Maniant la carotte et le bâton, il a mis en garde les dissidents de l'UUP : si l'exécutif biconfessionnel s'effondre, la province sera de nouveau administrée par Londres, une perspective qui ne convient pas du tout à M. Donaldson. Et pour illustrer le fait que la paix, c'est la sécurité mais aussi l'emploi, le gouvernement britannique a annoncé une commande de près d'un milliard de livres (1,45 milliard d'euros) aux chantiers navals Harland and Wolff pour deux rouliers destinés à la Royal Navy. L'IRA ne veut pas entendre parler de date limite pour la remise de ses armes -- une proposition qualifiée d'"alerte rouge" par le représentant du Sinn Féin Gerry Adams -- mais a fait un geste en permettant une nouvelle inspection de trois dépôts d'armes déjà visités en juin. Cette initiative, annoncée jeudi, a été unanimement interprétée comme un coup de pouce à David Trimble, même si la commission chargée de veiller au désarmement en Irlande du nord a reconnu n'avoir pas progressé sur le sujet brûlant de la destruction de l'arsenal républicain.