"Oeil pour oeil, dent pour dent", la vendetta règne en maître à Belfast BELFAST, 24 août 2000 "Oeil pour oeil, dent pour dent": la logique de la vendetta règne désormais à Belfast au sein des milices protestantes, engagées dans une sanglante lutte de pouvoir qui a déjà fait trois morts depuis lundi. "C'était évidemment une attaque de l'UFF (Ulster Freedom Fighters) contre un garçon de 21 ans", a affirmé, furieux, Billy Hutchinson, député à l'assemblée locale pour le Parti progressiste unioniste (PUP), en réaction au meurtre mercredi soir de Sammy Rackett. "C'est oeil pour oeil, dent pour dent", a-t-il dit. Pour lui, il ne fait pas de doute que la mort de ce jeune membre de l'UVF (Ulster Volunteer Force), qui avait fait de la prison, répond au double assassinat lundi de membres de l'UFF. Son rival du Parti démocratique d'Ulster, l'aile politique de l'UFF, John White, ne l'a pas contredit. "Ils veulent prendre leur revanche après ce que l'UVF a fait lundi", a-t-il reconnu jeudi, tout en se refusant à condamner ce meurtre. "Cela n'aide pas de condamner", a-t-il dit. Un porte-parole du Parti unioniste d'Ulster (UUP), Ken Maginnis, a prédit de nouveaux meurtres. "Une fois que les funérailles auront eu lieu aujourd'hui, je crains qu'il n'y ait des nouvelles tentatives +d'être à égalité+", a-t-il dit. "L'histoire (de l'Irlande) du nord veut que lorsque cette dynamique est lancée au sein du loyalisme, la communauté catholique finit par porter le fardeau", a estimé pour sa part le président du Sinn Féin, aile politique de l'IRA, Mitchel Mc Laughlin. L'arrestation mardi de l'ancien commandant de la milice paramilitaire loyaliste UFF Johnny "Mad Dog" ("Chien Fou") Adair, décidée par le secrétaire d'Etat à l'Irlande du nord Peter Mandelson et saluée à Londres par l'opposition conservatrice, risque en outre de faire monter la tension. Libéré l'année dernière dans le cadre des accords du Vendredi saint, il jouit en effet d'une popularité affirmée chez les jeunes loyalistes. M. Mandelson a justifié sa décision jeudi en affirmant qu'il n'y avait pas eu de soulèvement populaire à Belfast après l'arrestation d'Adair et que le meurtre de mercredi ne remettait pas en cause le bien fondé de sa politique. Mercredi soir, six hommes ont été arrêtés et des armes à feu saisies dans le bastion loyaliste de Shankill Road. La police a également effectué plusieurs fouilles et saisi des armes à feu. Mais la présence massive de la police et de l'armée, déployée lundi dans la ville, si elle parvient pour l'instant à empêcher une flambée de violence généralisée, est impuissante à prévenir des meurtres individuels. "Les forces de sécurité sont également responsables", a lancé M. Hutchinson. "Elles ont permis qu'un jeune homme soit tué alors qu'elles effectuaient des opérations de sécurité ailleurs". Des dirigeants religieux protestants devaient se réunir jeudi à Belfast et le gouvernement espérait que cette réunion permettrait un début de médiation entre milices rivales.