Voyage Irlandais


Londres et Dublin proposent une formule d'accord aux partis nord-irlandais

par Hervé AMORIC

WESTON PARK (Angleterre), 14 juillet 2001

Les Premiers ministres britannique et irlandais proposeront "aussitôt que possible" une formule d'accord aux partis nord-irlandais, après cinq jours de négociations marathon qui n'ont débouché sur aucun compromis garantissant la survie des accords de paix d'avril 1998.

"Nous ne pensons pas qu'il soit nécessaire de poursuivre les négociations", ont déclaré à la presse Tony Blair et son homologue irlandais Bertie Ahern, après avoir tenté d'arracher des concessions aux acteurs clefs du processus de paix au château de Weston Park, dans le Staffordshire (centre).

"Les négociations nous ont permis de déterminer exactement les positions de toutes les parties. Nous avons nous-mêmes une position très claire", a déclaré le Premier ministre britannique.

"Nous pensons qu'il est maintenant possible de proposer aux parties une formule d'accord qui aborde tous les sujets de discussion, et nous souhaitons vivement qu'elles l'acceptent", a-t-il ajouté.

Les Unionistes d'Ulster (UUP), le Sinn Féin (l'aile politique de l'IRA) et les catholiques modérés du SDLP devront se prononcer sur le plan de paix de Londres et Dublin avant la dissolution de l'assemblée et du gouvernement d'Irlande du Nord, prévue le 12 août.

David Trimble, chef du principal parti protestant UUP, a précipité cette crise en démissionnant de son poste de chef de l'exécutif semi-autonome le 1er juillet pour protester contre l'absence de progrès en matière de désarmement de l'IRA.

Les partis nord-irlandais réservent leur réponse jusqu'à ce qu'ils aient en main le document anglo-irlandais. Mais, d'ores et déjà, l'UUP a indiqué que "le désarmement (de l'IRA) devra être un ingrédient essentiel" du projet d'accord.

"Nous évaluerons (le plan de paix) en fonction du texte des accords de paix et verrons jusqu'où il va dans leur application complète", a déclaré le président du Sinn Féin, Gerry Adams.

Londres et Dublin ont parlé d'une seule voix à l'issue de ces pourparlers.

"Ils nous appartient, sur la base de nos discussions, de rédiger un projet d'accord final", a affirmé Tony Blair dans un salon du château du 17ème siècle qui a accueilli ces discussions.

Londres et Dublin essaient de mettre en oeuvre une chorégraphie délicate liant le désarmement de l'IRA, la réforme de la police (à 96 pour cent protestante) et le démantèlement des installations militaires britanniques en Irlande du Nord.

"Nous demandons à tous les protagonistes de réfléchir très soigneusement" aux conséquences de leur réponse, a ajouté M. Blair.

"Nous demeurons convaincus que l'application totale de l'accord du Vendredi saint est le souhait de la grande majorité de la population", qui l'a ratifié dans un référendum le 22 mai 1998, a conclu le Premier ministre britannique.

"Les deux gouvernements ne tirent pas complètement le rideau" sur les débats mais "le temps imparti est limité", a pour sa part commenté David Trimble en quittant Weston Park.

Dès la fin de cette conférence de presse conjointe, Tony Blair s'est envolé pour Londres. Il doit assister au sommet du G8 à Gênes la semaine prochaine tandis que Bertie Ahern part lundi pour l'Amérique du Sud, où il restera jusqu'à la fin juillet.

Quel que soit le texte du projet d'accord, les échanges qu'il va générer seront vifs.

A la table des négociations, le Sinn Féin a campé sur ses positions, selon les autres protagonistes. Londres, Dublin et tous les autres partis réclament un geste de l'IRA, qui n'arrive pas.

L'IRA doit montrer "sa détermination à démanteler son arsenal", sans quoi l'assemblée locale et le gouvernement d'Irlande du Nord, nés des Accords de paix, sont condamnés, a souligné Seamus Mallon, numéro deux du SDLP et vice-Premier ministre de la région semi-autonome.


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