Voyage Irlandais


Bill Clinton appelle au désarmement total en Irlande du Nord

par Philippe DEBEUSSCHER

BELFAST, 13 décembre 2000

Le président américain Bill Clinton a appelé mercredi à Belfast au désarmement total des forces paramilitaires d'Irlande du Nord et prononcé un urgent et vibrant plaidoyer pour la paix devant quelque 7.000 personnes, lors d'une tournée d'adieux à l'Irlande.

M. Clinton qui effectuait sa troisième et ultime visite sur l'île à quelques semaines de la fin de son mandat présidentiel, a de Dublin à Belfast exhorté toutes les parties à redoubler rapidement d'efforts pour surmonter les difficultés actuelles du processus de paix, en indiquant que tant qu'il serait à la Maison Blanche il continuerait à faire le maximum pour les aider.

Il avait été rejoint à Belfast par le Premier ministre britannique Tony Blair avec lequel il a rencontré la majorité des élus nord-irlandais, avant des discussions plus approfondies avec leurs dirigeants, le protestant modéré David Trimble (Unioniste UUP), le modéré catholique Seamus Mallon (travailliste SDLP) et le chef du Sinn Féin, l'aile politique de l'IRA, Gerry Adams.

Nombre d'observateurs politiques estiment que les parties ne disposent que d'une fenêtre relativement étroite jusqu'à la fin de l'année pour réaliser des progrès avant que la vie politique ne devienne entièrement dominée par la tenue probable d'élections générales en Grande-Bretagne en avril ou mai prochain.

En dépit de progrès importants, la mise en oeuvre de l'accord de paix entre catholiques et protestants d'Irlande du Nord, signé en 1998, piétine depuis plusieurs mois. Les parties s'affrontent sur des questions liées notamment au désarmement des forces paramilitaires, à la réforme de la police et à la présence militaire britannique dans la province.

"Toutes les armes doivent être enfin mises hors d'usage complètement et pour toujours", a déclaré M. Clinton en s'adressant à la population de Belfast, au côté de M. Blair et deux leaders de l'exécutif semi-autonome nord-irlandais, le protestant David Trimble et le catholique Seamus Mallon.

L'avenir de l'Irlande du Nord, a-t-il dit, doit appartenir "aux bulletins de vote et non aux balles".

M. Clinton a ajouté que les Etats-Unis allaient accroître leur coopération avec la Grande-Bretagne et l'Irlande pour lutter contre les groupuscules s'opposant par la violence à la paix, dans une allusion à l'IRA-Véritable, une dissidence de l'IRA dont Londres et Dublin ont demandé la mise hors la loi aux Etats-Unis, pour l'empêcher d'y lever des fonds. Des experts des trois pays "se réuniront prochainement", a dit M. Clinton.

Tout comme Tony Blair, David Trimble et Seamus Mallon, le président américain a souligné que l'on ne pouvait faire marche arrière dans le processus de paix et que pour en encaisser les dividendes, la mise en oeuvre de l'accord du Vendredi Saint devait être complète.

Il a affirmé avoir conclu, après ses conversations avec eux, que les principaux dirigeants de la province voulaient le succès de l'accord de paix.

"Ils savent tout le chemin déjà parcouru et ils savent qu'il serait irresponsable d'accepter un échec", a-t-il dit.

Mais pour aller de l'avant, les parties doivent collaborer entre elles et réaliser des progrès parallèles sur les principaux points ralentissant depuis plusieurs mois la mise en oeuvre de l'accord de paix, a-t-il poursuivi.

"Le rapport Patten doit être mis en oeuvre, et sur cette base les dirigeants de tous les partis doivent s'engager à faire fonctionner une nouvelle force de police. Il faut une normalisation de la sécurité et les armes doivent être mise hors d'usage", a-t-il dit.

"Cela permettra de réduire chez tous les peurs et la méfiance. Mais il faut avancer en même temps sur ces trois dossiers si l'on veut que les promesses verbales de paix soient réalisées dans la pratique", a ajouté le président.

M. Clinton a quitté Belfast dans la soirée pour retrouver le Premier ministre britannique Tony Blair, dans sa résidence de campagne de Checkers à environ une heure de Londres.


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