Les accords de paix subissent de nouvelles défections côté protestant par Hervé AMORIC WESTON PARK (Angleterre), 10 juillet 2001 Les groupes armés protestants et leurs vitrines légales ont retiré leur soutien mardi au processus politique né des accords de paix de 1998, que les Premiers ministres britannique et irlandais tentent au contraire de sauver par des négociations intensives. Ce revers est survenu alors que Tony Blair et son homologue irlandais Bertie Ahern cherchaient mardi, pour la deuxième journée consécutive, à arracher d'ultimes concessions aux partis nord-irlandais, dans un château du Staffordshire, près de Birmingham (centre de l'Angleterre). Les négociations pourraient se poursuivre "tard dans la nuit", a estimé le Premier ministre irlandais. Mais de leur côté, deux formations loyalistes, la milice UFF (Combattants pour la liberté de l'Ulster) et le parti PUP (Parti unioniste progressiste), ont annoncé séparément à Belfast qu'elles s'écartaient du processus politique de réconciliation dans la province. Les deux formations estiment que ce processus a jusqu'à présent exagérément bénéficié au camp catholique républicain, favorable à un rattachement de la province à la république d'Irlande voisine. "Nous sommes maintenant clairement au dehors", a affirmé David Ervine, député local des Unionistes progressistes. Cette attitude, qualifiée de "décevante" par Dublin, met en évidence les difficultés des négociateurs, réunis dans la demeure du 17ème siècle du duc de Bradford. Le cessez-le-feu de l'UFF, la plus importante milice clandestine loyaliste, déclaré en 1994 mais qui n'a plus de valide que le nom, "n'est pas remis en cause", assure cependant la milice dans son communiqué. De son côté, le Premier ministre britannique Tony Blair a présidé mardi avec le ministre irlandais des Affaires étrangères Brian Cowen un échange de plusieurs heures entre les unionistes d'Ulster et Sinn Féin, qualifié par Dublin de "franc", mais sans signe de progrès. Londres et Dublin pressent Gerry Adams, président du Sinn Féin, de convaincre son aile militaire, l'IRA (Armée républicaine irlandaise) de faire un pas vers la neutralisation de son arsenal. Les chances d'un accord demeuraient cependant minces, malgré la médiation informelle de l'ancien président américain Bill Clinton, dont l'intervention dans les dernières heures des négociations de 1998 avait permis de conclure l'accord de paix. Le catholique Seamus Mallon, numéro deux des nationalistes modérés du SDLP, a confirmé avoir parlé au téléphone avec M. Clinton, actuellement en Angleterre, tout comme Gerry Adams, qui s'est également entretenu mardi avec l'administration américaine de George Bush. La démission de David Trimble comme chef de l'exécutif nord-irlandais, le 1er juillet, a placé le gouvernement semi-autonome et l'ensemble du processus de paix au bord de l'effondrement. Avant d'entrer au siège des pourparlers mardi, M. Trimble, un protestant modéré, paraissait pessimiste. "Il ne semble pas que les républicains (ndlr : le Sinn Féin et l'IRA) soit prêts à saisir l'occasion" de désarmer, a-t-il estimé. David Trimble refuse désormais de partager le pouvoir avec le Sinn Féin au sein du gouvernement local, reprochant à l'IRA "de ne pas tenir ses engagements". Il a indiqué qu'il comptait rentrer à Belfast mercredi, mais que les débats pourraient reprendre vendredi. L'armée clandestine irlandaise refuse pour sa part de se plier aux exigences de Londres ou des dirigeants protestants. Les catholiques républicains exigent des concessions en matière de retrait militaire britannique et de réforme de la police locale dominée par les protestants. Après 30 ans de conflit, les accords de paix de 1998 ont instauré un partage du pouvoir entre catholiques et protestants. Mais ces accords risquent d'être réduits à néant si l'assemblée locale, l'une des institutions clés du plan de paix, est dissoute à la date butoir du 12 août, à la suite de la démission de M. Trimble.