Voyage Irlandais


Blair et Ahern entament des négociations intensives sur l'Irlande du Nord

WESTON PARK (Grande-Bretagne), 9 juillet 2001

Des négociations "intensives" pour sortir l'Irlande du Nord de l'impasse politique créée par la démission du Premier ministre de la province David Trimble ont débuté lundi à Weston Park, près de Birmingham (centre de l'Angleterre), dans un climat de pessimisme.

Les Premiers ministres britannique et irlandais, Tony Blair et Bertie Ahern, conduisent ces discussions qui pourraient se poursuivre jusqu'à l'aube de mercredi et ont été qualifiées de "moment de vérité" par David Trimble.

"Nous avons vraiment le devoir de régler les choses au cours des prochains jours et de le faire maintenant, sans penser qu'on pourra attendre août, septembre ou octobre", a déclaré M. Blair en présence de Bertie Ahern avant le début des pourparlers.

"Il s'agira comme toujours de négociations intensives, a-t-il prévenu. Mais ce qui se passe au Proche-Orient montre bien qu'il est préférable de régler les choses par le dialogue".

"Il s'agit d'une semaine au cours de laquelle nous pouvons essayer d'aller jusqu'au bout de toutes les questions encore en suspens", a estimé pour sa part Bertie Ahern.

En fin d'après-midi, un porte-parole de M. Blair a déclaré que des discussions en profondeur se poursuivaient entre les deux Premiers ministres et les représentants des partis d'Irlande du Nord.

Vers 18h00 locales (17h00 GMT), Billy Hutchinson, député à l'assemblée locale du Parti progressiste unioniste (PUP), un petit parti protestant, a quitté le lieu des négociations en brandissant le pouce vers le bas à l'adresse des journalistes, tout en refusant de répondre aux questions.

Peu après, un porte-parole du PUP a déclaré à l'AFP que "la direction du parti pourrait décider demain (mardi) de ne plus participer à cette phase de négociations du processus de paix".

Le protestant David Trimble avait démissionné il y a une semaine de son poste à la tête de l'exécutif nord-irlandais pour protester contre l'absence de désarmement de la part de l'IRA (Armée républicaine irlandaise), la principale milice nationaliste catholique.

C'est pour tenter de dénouer la crise que Londres et Dublin ont organisé des négociations à Weston Park.

"Nous approchons, je pense, de ce qui pourrait bien être le moment de vérité pour le processus tout entier", a déclaré M. Trimble, reprochant une nouvelle fois au camp républicain de ne pas avoir respecté ses promesses.

Pressant Tony Blair de ne pas se laisser "manipuler par un gang terroriste", le chef protestant a reproché au Sinn Féin, l'aile politique de l'IRA, son "absence d'intégrité et de volonté" à voir l'accord de paix d'avril 1998 entièrement appliqué.

Londres commettrait "une grave erreur" en faisant de nouvelles concessions au Sinn Féin, a-t-il prévenu. "Le défi se pose surtout à Tony Nez : Va-t-il maintenir l'accord et les principes de paix et de démocratie ou va-t-il se laisser forcer la main par un gang armé?", a-t-il ajouté.

En arrivant à Weston Park, le chef du Sinn Féin, Gerry Adams, a reconnu que le processus de paix rencontrait "des difficultés considérables". "Le processus ne va nulle part, il doit être remis sur ses rails et c'est bien notre intention en venant ici, a-t-il dit. Nous avons tous notre part de responsabilités mais le Premier ministre britannique a celle de faire preuve d'autorité à cet égard".

De son côté, John Hume, chef du Parti social-démocrate et travailliste (catholique modéré) a affirmé qu'il ne s'agissait pas de renégocier l'accord du Vendredi saint mais bien de trouver le moyen de le mettre en oeuvre.

"C'est le devoir de tous ceux qui participent à ces pourparlers de faire appliquer la volonté populaire, a-t-il dit. Autrement dit, de mettre en oeuvre les autres aspects de l'accord du Vendredi saint".

Formellement, les acteurs du processus de paix ont jusqu'au 12 août pour résoudre la crise. Mais Londres et Dublin ont visiblement l'intention de ne pas laisser les choses s'enliser alors que s'est ouverte la période des marches protestantes de l'été, souvent l'occasion de violences entre communautés catholique et protestante.


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