Voyage Irlandais


Londres et Dublin tentent laborieusement de relancer le processus de paix

HILLSBOROUGH (Irlande du nord), 8 mars 2001

D'intenses et très discrètes négociations destinées à relancer le processus de paix nord-irlandais, bloqué depuis des mois, se tenaient jeudi à Hillsborough, près de Belfast, après un coup de pouce de dernière minute de l'IRA.

Les Premiers ministres irlandais et britannique Bertie Ahern et Tony Blair ont entamé le ballet des rencontres par un tête-à-tête, puis ont rencontré l'un après l'autre les principaux partis de la province avant de réunir tout le monde autour d'une table ronde. En fin d'après-midi, jeudi, la réunion se poursuivait toujours.

Pratiquement rien n'a filtré des pourparlers à propos desquels, en début de rencontre, les conseillers des deux dirigeants s'étaient d'ailleurs montrés très prudents. Il n'y a "pas d'issue garantie", avait souligné un porte-parole du ministère irlandais des Affaires étrangères.

Pourtant, l'annonce par l'Armée républicaine irlandaise, moins de deux heures avant le début des rencontres qu'elle était prête à reprendre les négociations avec la commission internationale sur le désarmement, présidée par le général canadien John de Chastelain, a apporté une incontestable bouffée d'oxygène aux participants.

L'IRA avait rompu ses contacts avec la commission, chargée d'organiser le désarmement de l'ensemble des milices paramilitaires d'Irlande du nord, en juin 2000. L'IRA a indiqué jeudi après-midi être entré en contact avec la commission, ce que le général de Chastelain a confirmé à l'AFP.

A ce jour, l'IRA, qui possède de loin le plus important arsenal, s'est contentée de montrer à deux reprises quelques-uns de ses dépôts d'armes à la commission. Mais aucune arme n'a été détruite ou remise aux inspecteurs.

Le geste de l'IRA est le résultat de huit semaines de négociations intensives en coulisses menées par Gerry Adams, le dirigeant du Sinn Féin, aile politique de l'IRA, son bras droit Martin Mc Guinness, Londres et Dublin.

Le geste de la milice est cependant conditionnel: "Pour que cet engagement soit un succès, le gouvernement britannique doit remplir ses obligations", a dit l'IRA. A savoir, assurer la réforme de la police nord-irlandaise, composée aujourd'hui à 90% de protestants, et démanteler les installations militaires britanniques en Irlande du nord.

De fait, en réponse à l'IRA, Londres pourrait accepter de retirer dans un premier temps ses troupes de quelques bases sur la frontière avec la république d'Irlande.

Du côté protestant, le chef de l'exécutif semi-autonome d'Irlande du nord, David Trimble, était également mis sous pression jeudi pour lever son interdiction faite aux deux ministres de son gouvernement membres du Sinn Féin de participer aux réunions inter-ministérielles entre Belfast et Dublin.

Cette décision, justifiée selon M. Trimble par le refus de l'IRA de livrer ses armes, est "inacceptable", a répété jeudi le vice-président du Sinn Féin, Pat Doherty. Le Sinn Féin a aussi reproché au gouvernement britannique "de ne pas avoir été à la hauteur de ses engagements".

David Trimble a de son côté qualifié le geste de l'IRA de "coup publicitaire insuffisant". Il ne s'agit pas de discuter avec la commission, mais "de mettre en place un processus qui mette les armes totalement hors d'usage de façon vérifiable", a dit David Trimble.

"Le plus tôt sera le mieux", a-t-il ajouté.

De fait, le temps presse: l'accord de paix, dit du Vendredi saint, signé le 10 avril 1998, prévoyait la mise en oeuvre de toutes les mesures de cet accord avant juin 2001.

Et l'on prête au Premier ministre Tony Blair l'intention d'organiser des élections générales britanniques au début du mois de mai.


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