Retour au calme à Belfast à l'occasion de l'enterrement d'un adolescent BELFAST, 7 septembre 2001 Les élèves de l'école catholique Holy Cross de Belfast et leurs parents ont pu emprunter sans incident vendredi la rue à majorité protestante qui mène à leur établissement, alors que l'Irlande du Nord connaissait une fragile accalmie après une semaine de violences sectaires. Les funérailles vendredi en fin de matinée d'un adolescent protestant de 16 ans, Thomas McDonald, renversé et tué mardi à Belfast par une voiture conduite par une catholique, ont apparemment provoqué un électrochoc au sein des deux communautés. Par respect pour la famille de la victime, les manifestants protestants qui s'opposent au passage des élèves catholiques dans leur quartier pour rejoindre l'école Holy Cross, sont restés silencieux alors que les fillettes et leurs parents remontaient Ardoyne Road, petite rue traversant un quartier protestant. Comme les jours précédents, un imposant dispositif de sécurité avait été déployé le long de la rue pour éviter tout débordement. Vêtus de couleurs sombres en signe de deuil, plusieurs dizaines de protestants ont tourné le dos au cortège des fillettes, dont la plupart avaient retrouvé le sourire. Cette ambiance calme et recueillie contrastait fortement avec le concert de cornes de brumes et de sifflets qui avait accompagné le cortège la veille. Et plus encore avec les violences et les bordées d'injures qui ont émaillé les trois premiers jours de la semaine sur Ardoyne Road, culminant avec l'explosion mercredi matin d'une bombe artisanale à quelques mètres de fillettes terrorisées. Les manifestants protestants avaient demandé aux parents catholiques de faire un geste vendredi pour marquer l'enterrement de Thomas McDonald, en se rendant à Holy Cross par une rue contournant leur quartier. Sans aller jusqu'à obtempérer, les parents ont toutefois accepté de retarder un peu leur passage par Ardoyne Road. Puis, dans la cour de l'école, ils ont observé une minute de silence et récité un "Notre Père" à la mémoire de l'adolescent protestant, lors d'une prière collective conduite par un prêtre catholique et deux révérends protestants. A quelques kilomètres de là, sur les hauteurs de Belfast, un millier de personnes ont assisté en fin de matinée à l'enterrement du jeune Thomas McDonald, dont le cercueil a été transféré de sa maison de White City vers le cimetière de Roselawn, dans l'est de la ville. Le ministre britannique à l'Irlande du Nord John Reid, qui a interrompu ses vacances jeudi en raison de la crise, a profité de cette apparente accalmie pour lancer un nouvel appel au dialogue. "J'espère que toutes les personnes impliquées (dans cette crise) vont se comporter de façon calme et digne et se rappeler que ce qu'ils disent ou font peut embraser une situation qui, même si elle reste difficile, s'est améliorée ces derniers jours", a-t-il déclaré. M. Reid a par ailleurs confirmé que les paramilitaires de l'UDA-UFF, la principale milice loyaliste protestante de la province officiellement en cessez-le-feu, avaient attisé les violences de ces derniers jours. "Des preuves de plus en plus nombreuses" recueillies par la police montrent du doigt la milice et l'organisation qui lui sert de couverture, les "Défenseurs de la main rouge" (Red Hand Defenders), a expliqué M. Reid. Cette organisation a notamment revendiqué l'attaque à la bombe artisanale qui a blessé quatre policiers mercredi dernier. M. Reid sait mieux que quiconque que le temps presse: Londres doit trouver d'ici le 23 septembre une solution à la crise qui paralyse l'Irlande du Nord depuis la démission de son Premier ministre, le protestant modéré David Trimble. Le calendrier constitutionnel impose aux partis de trouver d'ici là un accord permettant d'élire un nouveau Premier ministre, faute de quoi l'ensemble du processus de paix né des accords de 1998 pourrait s'effondrer.