Déploiement militaire massif avant une marche protestante controversée PORTADOWN (Irlande du Nord), 7 juillet 2001 L'armée britannique a déployé samedi un impressionnant dispositif à Drumcree, lieu-dit situé à la sortie de Portadown (sud-ouest de Belfast), où doit se dérouler dimanche une marche protestante orangiste, source depuis plusieurs années de troubles violents. Quelque 2.200 soldats ont été mobilisés pour tenter de prévenir tout débordement dimanche. Samedi à l'aube, 600 soldats ont commencé à installer une énorme barrière métallique barrant l'accès à un pont, pour empêcher les marcheurs protestants de pénétrer dans le quartier nationaliste catholique de Garvaghy Road. Les soldats ont également érigé des barbelés dans les champs alentours et sur plusieurs centaines de mètres, devant des tranchées. Ils ont aussi élargi un fossé rempli d'eau, transformant l'endroit en un véritable camp retranché. Pour la quatrième année consécutive, une commission indépendante a interdit aux Orangistes le passage dans Garvaghy Road. Traditionnellement, les Orangistes parés de leurs chapeaux melons, gants blancs et emblèmes défilaient au son des tambours et des flûtes dans Portadown, avant de quitter la ville pour se diriger sur une route bordée de champs vers la colline de Drumcree, sur laquelle est perchée une église anglicane. Le défilé avait l'habitude de retourner dans Portadown en empruntant Garvaghy Road, qui traverse le quartier catholique. Or, les habitants de ce quartier se sentent provoqués et insultés par ce défilé qui commémore une victoire militaire protestante sur les forces du roi catholique Jacques II en 1690. Pour éviter tout incident, l'accès au quartier catholique a été interdit aux marcheurs protestants depuis 1998, mais cette mesure a provoqué une réaction furieuse des loyalistes qui s'en prennent violemment chaque année aux forces de l'ordre. Dans la nuit de vendredi à samedi, un convoi de quelque 30 camions de l'armée a essuyé des jets de pierres lancées par une trentaine de jeunes protestants. Les dirigeants de l'ordre d'Orange ont appelé au calme, demandant aux loyalistes, proches des milices paramilitaires protestantes, de se tenir à l'écart de la manifestation. Le ministre britannique à l'Irlande du Nord John Reid a également souhaité samedi à la radio BBC que "le sang-froid prévale à la fois dans la province et pendant les négociations". Lundi et mardi, les Premiers ministres britannique et irlandais Tony Blair et Bertie Ahern présideront en effet à Birmingham (centre de l'Angleterre) des négociations qualifiées d'"intenses" avec les partis nord-irlandais. Le processus de paix se trouve dans une grave impasse depuis la démission dimanche dernier du chef de l'exécutif de la province, le protestant David Trimble, reprochant à l'IRA, la principale milice catholique républicaine, d'avoir manqué à ses obligations en matière de désarmement. "Toutes les parties en présence connaissent les problèmes en suspens, tout le monde affirme être décidé à faire son maximum pour les résoudre. Donc, si les gens honorent leurs engagements, il est possible de réaliser quelque chose, mais je ne veux pas provoquer trop d'attentes", a dit John Reid. Le processus de paix reste bloqué essentiellement en raison de l'absence de désarmement des milices et en premier lieu de l'IRA, de la réforme de la police et du retrait de la présence militaire britannique en Irlande du Nord.