Ultimes négociations et préparatifs militaires avant la marche de dimanche BELFAST, 7 juillet 2000 D'ultimes négociations se tenaient vendredi pour éviter des affrontements lors d'une marche protestante controversée prévue dimanche à Portadown (Irlande du Nord), mais l'armée britannique transforme d'ores et déjà le site en camp retranché. C'est au pied de la colline de Drumcree, à l'entrée de Portadown (sud-ouest de Belfast), que cette marche protestante devrait être arrêtée dimanche. Les protestants exigent de traverser le quartier catholique de Portadown de Garvaghy Road, un itinéraire qui leur est une nouvelle fois interdit cette année et fait redouter les violents affrontements du passé. Des négociations de la dernière chance ont été entamées vendredi à Belfast suite à l'offre de l'Ordre d'Orange, confrérie protestante organisatrice de la "parade", de contacter les résidents nationalistes de Portadown si l'autorisation d'emprunter dimanche Garvaghy Road leur est donnée. Cette offre a été jugée tardive et vide de substance par le représentant des résidents du quartier nationaliste. Elle a été présentée notamment par David Campbell, chef de cabinet de David Trimble, le chef du gouvernement semi-autonome d'Irlande du Nord, et lui-même membre de l'Ordre d'Orange. Un relatif retour au calme a été rendu possible par un appel du chef de l'ordre d'Orange, Robert Saulters, à cesser vendredi tout mouvement de protestation contre l'interdiction de défiler, à l'occasion de l'enterrement de Joey Dunlop, un champion de course motocycliste, auquel des milliers de personnes sont attendues. De leur côté, les soldats britanniques s'activaient en face de la colline surplombée par l'église anglicane de Drumcree, entourée de drapeaux loyalistes. "Il y a 18 mois, on était en Irlande du Nord, sur la frontière. Puis on est allé au Kosovo. Nous voilà de retour", constatait un gradé. La journée pour eux a commencé tôt. Des "routes" formées de pieux métalliques reliés par une structure de fil de fer barbelés ont été littéralement "déroulées" pour permettre l'accès des véhicules kakis dans le bocage. Le champ a été labouré de bon matin. "Cela leur rend l'accès plus difficile. Surtout si c'est mouillé", explique un porte-parole de l'armée. Plus loin, le labyrinthe de pieux prenait forme, sous les coups de masse des soldats rampant sous la toile des barbelés qu'ils tendaient, équipés de gants spéciaux. Les prés environnants sont hérissés de mâts métalliques supportant des caméras de surveillance longue portée de la police, ou des projecteurs lumineux très puissants. L'ensemble ressemble à une fourmilière surréaliste, dans un petit coin de campagne paisible neuf mois sur douze. Un chantier alimenté par une armada de véhicules tout-terrain: pelles mécaniques, tracteurs, camions à plateau, Land-Rover. D'autres soldats montent la garde, armés de fusils-mitrailleurs et émergeant de blindés, souvent garés en plein champ. Dans le ciel bourdonne un hélicoptère. Des barrages également tenus par des blindés interdisent l'entrée au quartier nationaliste de Garvaghy Road. Le long des routes, sur les trottoirs, des soldats casqués et en treillis, allongés en position de défense et arme en joue, surveillent le trafic. Selon un responsable militaire sur place, le chantier de sécurisation de Drumcree était parti pour durer la journée. Vendredi soir, le décor de toutes les peurs serait planté.