Bombe artisanale près d'une école : la situation se dégrade en Ulster BELFAST (Irlande du Nord), 5 septembre 2001 Semant la panique, l'explosion d'un engin artisanal a blessé mercredi à Belfast quatre policiers qui protégeaient, pour le troisième jour consécutif, des fillettes catholiques terrorisées se rendant à l'école via une enclave protestante. Ces nouvelles violences ont fait monter encore d'un cran la tension en Irlande du Nord, plongée dans une impasse politique totale depuis la démission du Premier ministre David Trimble le 1er juillet. Au total, quarante-cinq policiers et deux soldats ont été blessés au cours des dernières vingt-quatre heures, tandis que quatre voitures étaient brûlées et plus de 250 cocktails molotov lancés, selon la police. L'explosion de l'engin artisanal a été revendiquée par les Red Hand Defenders, organisation paramilitaire protestante servant d'écran à la milice UDA (Ulster Defence Association). Trois suspects ont été arrêtés. Les habitants de l'enclave protestante d'Ardoyne, au nord de Belfast, s'opposent au passage des familles catholiques dans une rue de leur quartier, passage le plus direct pour accéder à l'école de Holy Cross. Après l'explosion, une femme s'est évanouie et des petites-filles se sont mises à crier et à pleurer, tandis que leurs parents tentaient de les protéger. "C'était un chaos indescriptible", a raconté Philomena Flood, une mère qui accompagnait sa fille de 7 ans. "Après l'explosion, nous avons couru dans tous les sens. Il y avait des enfants partout et chacun essayait de retrouver le sien." "J'ai cru que les parents et les enfants qui étaient derrière moi étaient tous morts", a affirmé une autre mère de famille, Isabel McGrann. Dans la soirée, plusieurs politiciens ont tenté de reprendre la situation en main et multiplié les appels au calme. Le ministre britannique à l'Irlande du Nord John Reid a interrompu ses vacances pour rentrer dès jeudi à Belfast. Il a exigé la fin des manifestations et la reprise immédiate du dialogue, mettant en garde contre tout retour à la "barbarie". "Les manifestations doivent s'arrêter maintenant et tous ceux qui sont impliqués doivent reprendre le dialogue", a affirmé M. Reid. "Une fois encore, la réputation de l'Irlande du Nord dans le monde a été traînée dans la boue par la violence." Saluant les "commentaires de responsables politiques qui ont condamné la violence" mercredi matin, M. Reid a affirmé que "les enfants n'avaient pas à payer le prix de l'échec des adultes à vivre en paix ensemble. Et les policiers non plus". Le Premier ministre irlandais Bertie Ahern a contacté son homologue britannique Tony Blair. "Les scènes que nous avons vues dans le nord de Belfast nous rappellent ce qui peut arriver dans une société où la tolérance et la compréhension sont défaillantes ou absentes", a-t-il dit. Plutôt dans la journée, des politiciens catholiques ont accusé les loyalistes de viser désormais directement des enfants. "C'était une attaque à la bombe contre des enfants, a déclaré le député à l'assemblée locale du Sinn Féin (aile politique de l'IRA) Gerry Kelly. C'est un miracle s'il n'y a pas eu davantage de personnes blessées". Côté protestant, un certain malaise était perceptible. Billy Hutchinson, député à l'assemblée locale pour le PUP (Parti progressiste unioniste), a déclaré que "les responsables (de l'explosion) devraient avoir honte". Et le président de l'UDP (Parti démocratique d'Ulster) John White a appelé "tous les paramilitaires et ceux qui n'habitent pas à Ardoyne à se tenir à l'écart de la manifestation qui a lieu sur place" pour qu'elle puisse se poursuivre "dans une atmosphère calme et digne". Après avoir suspendu les institutions le 10 août, John Reid avait appelé unionistes protestants et républicains catholiques à profiter de ces six semaines pour "mettre un terme au plus vieux problème de l'Histoire britannique et irlandaise".