Voyage Irlandais


Rentrée dans la terreur pour des écoliers catholiques de Belfast

BELFAST, 3 septembre 2001

Agonis d'injures et arrosés de projectiles par des protestants hystériques, des écoliers catholiques de Belfast ont effectué lundi, terrifiés, une triste rentrée scolaire sous haute protection policière, tandis que le climat se dégrade en Irlande du Nord.

Quinze policiers ont été blessés en tentant de protéger les écoliers catholiques qui effectuaient leur rentrée dans l'école primaire Holy Cross, au nord de Belfast.

Une mère de famille a été hospitalisée après avoir reçu un projectile sur la tête, a annoncé la police.

Pimpante dans son uniforme rouge et gris, Eirinn Keenan, 7 ans, avance vers son école. En larmes, elle se cramponne à la main de sa mère, qui tente maladroitement de lui couvrir les oreilles pour la protéger des hurlements et insanités fusant de tous côtés.

La scène s'est répétée toute la matinée devant la petite école. Sur plusieurs centaines de mètres, quelque 200 policiers en tenue anti-émeutes, casques sur la tête et boucliers brandis, ont formé une double haie pour faire écran entre les enfants, leurs parents et une foule de protestants déchaînés.

L'objet de cette poussée de haine? Le passage des enfants par une rue protestante, Ardoyne, pour se rendre à leur école, catholique. Cette intrusion est jugée inacceptable par les loyalistes, qui réclament que les catholiques fassent un détour. Ce que ces derniers refusent.

Des rencontres entre les dirigeants des communautés organisées ces dernières semaines n'ont pas permis de trouver une solution.

Debout au milieu des débris des vitres brisées, la directrice de l'école Anne Tanney qualifie les manifestants de "malades".

"Beaucoup d'enfants ont été trop traumatisés pour rester ici et c'est la pire chose qui pouvait leur arriver, a-t-elle dit. Aucun enfant ne devrait avoir à endurer cela".

"Tout ce que nous pouvons faire, c'est faire écran, nous le faisons au milieu de la rue Ardoyne depuis ce matin", a déclaré le directeur adjoint de la police pour Belfast Alan McQuillan, se déclarant prêt à redéployer ses forces chaque matin s'il le fallait.

Les violences avaient commencé dans la soirée de dimanche, avec des attaques de loyalistes contre des maisons de catholiques.

Le président du comité d'administration de Holy Cross, le père Aidan Troy, a annoncé avoir convoqué une réunion des parents lundi soir, pour les convaincre d'emprunter un détour. "Si demain une petite-fille était blessée par une bouteille (...), je ne crois pas que je pourrais marcher la tête haute", a-t-il dit.

Lors de la sortie des classes, à 15H00 locales (14H00 GMT), la situation était "toujours tendue", a indiqué à l'AFP une porte-parole de la police.

Ces nouvelles violences interviennent alors que l'Irlande du Nord connaît un regain de tension, avec une multiplication des tentatives d'attentats et des violences intercommunautaires.

Sur le plan politique, le processus de paix est dans l'impasse depuis la démission du Premier ministre de la province, le protestant David Trimble, le 1er juillet, qui en a paralysé les institutions.

Les tentatives pour surmonter les divergences, notamment le désarmement de l'Armée Républicaine Irlandaise (IRA), la réduction de la présence militaire britannique dans la province et la réforme controversée de la police, ont à ce jour échoué.

Sur la police, un seul parti, le SDLP (catholique modéré) a endossé le projet proposé par Londres.

En revanche, l'UUP (protestant modéré) de David Trimble tarde à se déclarer et la rencontre lundi du prix Nobel de la paix 1998 avec le révérend Iain Paisley, dirigeant du parti extrémiste protestant du DUP, opposé aux accords de paix, laissait craindre un nouveau durcissement de la position unioniste.


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