L'IRA n'a toujours pas désarmé, la crise politique s'approfondit BELFAST, 2 juillet 2001 Un rapport indépendant a confirmé l'absence de désarmement effectif de la part de l'IRA, lundi en Irlande du Nord, où dirigeants catholiques et protestants se rejetaient mutuellement la responsabilité de la nouvelle crise politique. L'impasse semblait réelle après la démission dimanche du Premier ministre de la province David Trimble, qui reproche à l'IRA de n'avoir pas respecté l'accord de paix d'avril 1998 en n'abandonnant pas ses armes, malgré son strict cessez-le-feu observé depuis juillet 1997. La démission du chef protestant, dont l'assemblée locale a officiellement pris acte lundi, a été confortée par un nouveau rapport de la commission indépendante chargée de contrôler le désarmement des milices nord-irlandaises. Le rapport, rédigé par le général canadien John de Chastelain, confirme qu'à ce jour aucune arme n'a été déposée et que rien ne permet à ce stade de savoir "quand et comment l'IRA mettra ses armes hors d'usage". Pour autant, le rapport de Chastelain n'est pas complètement négatif. Il souligne que l'IRA accepte de "continuer son dialogue" sur le désarmement "aussi longtemps que le processus politique se poursuit". Pour autant, M. Trimble a immédiatement affirmé que ce document confortait sa décision de démissionner. Et devant la chambre des Communes à Londres, il a une nouvelle fois durci le ton, prévenant que les unionistes ne tolèreraient aucune nouvelle concession aux républicains en matière de réforme de la police tant qu'il n'y aurait pas de progrès sur le désarmement. Le ministre britannique chargé de l'Irlande du Nord, John Reid, "ne se rend-il pas compte que la seule façon de voir cette obligation honorée est de dire clairement aux républicains qu'ils vont payer s'ils ne remplissent pas leurs obligations", a demandé M. Trimble. Peu avant, M. Reid avait lu aux députés une déclaration dans laquelle il ne cachait pas la gravité de la situation dans la province, "sombre et grave" selon lui. "Dans les semaines à venir, nous devons tous montrer que c'est la politique, et non la violence, qui l'emportera", a-t-il plaidé, appelant chaque partie à honorer la totalité de ses engagements. Le ministre a implicitement appelé Sinn Féin, l'aile politique de l'IRA, à utiliser son "influence spéciale" envers la milice pour l'amener à faire un geste dans les prochaines semaines. M. Reid a par ailleurs confirmé qu'il allait lancer une nouvelle série de négociations dès cette semaine. Et que faute d'un compromis d'ici le 12 août, il serait obligé de convoquer de nouvelles élections. La tâche sera rude car de l'autre côté, l'aile politique de l'IRA, le Sinn Féin, a rejeté la responsabilité de la crise actuelle sur les protestants et le gouvernement britannique. Et signifié qu'il attendait lui aussi des gestes, en particulier sur le retrait de l'armée britannique et la réforme de la police, accusée de partialité en faveur du camp protestant. Formellement, les acteurs nord-irlandais ont six semaines, jusqu'au 12 août, pour tenter de trouver une issue à la crise qui permettrait à David Trimble de reprendre les rênes de l'exécutif nord-irlandais. Mais des sources proches des négociateurs laissaient entendre que les deux prochaines semaines seraient décisives, le gouvernement de Londres n'excluant pas de suspendre les institutions nord-irlandaises avant la date butoir si aucun accord n'a émergé rapidement. D'autant que l'approche du défilé protestant de l'Ordre d'Orange dimanche à Drumcree, un hameau situé à la sortie du fief loyaliste de Portadown, n'est pas pour calmer les esprits. Pour la 4e année consécutive, la commission des parades a décidé d'interdire au défilé de traverser le quartier catholique de Gavarghy Road pour éviter les violences, mais des échauffourées sont toujours à craindre, selon les observateurs.