Martin Mc Guinness admet avoir fait partie de l'IRA BELFAST, 2 mai 2001 Martin Mc Guinness, le numéro 2 du Sinn Féin, a pour la première fois admis mercredi avoir fait partie du commandement de l'Armée républicaine irlandaise (IRA) en 1972 à l'époque du "Bloody Sunday", lors d'une conférence de presse. "Oui", a-t-il répondu à un journaliste qui lui demandait s'il était à l'époque le numéro 2 de la section de l'IRA à Londonderry. "J'ai remis une déclaration au tribunal" en ce sens, a-t-il déclaré. M. Mc Guinness, qui aura 51 ans le 23 mai et occupe les fonctions de ministre de l'Éducation au sein de l'exécutif nord-irlandais issu des accords de paix d'avril 1998, a souligné que, dans cette déclaration, il précise qu'"il n'y avait pas d'unités de l'IRA" ou "d'armes de l'IRA" dans la zone au moment des faits. Le dimanche 30 janvier 1972, l'armée britannique avait fait feu sur une foule de catholiques qui manifestaient pacifiquement à Londonderry (Irlande du nord). Treize civils catholiques étaient morts sur le coup. Un autre était décédé quelques jours plus tard. Parmi les victimes se trouvaient six mineurs de 17 ans. Vingt-huit autres personnes avaient été blessées. M. Mc Guinness a reconnu publiquement son appartenance passée au groupe armé pour pouvoir témoigner et donner sa propre version des événements lors d'une enquête publique en cours sur la tragédie. Il a souligné que tous les membres de l'IRA s'étaient vu donner comme consigne de participer pacifiquement à la manifestation ou de rester dans leur famille le jour de la manifestation, qui devait finalement tourner au bain de sang. Le numéro 2 du Sinn Féin accrédite ainsi la thèse défendue par plusieurs témoins, notamment l'ancien évêque de Londonderry, Edward Daly, selon laquelle l'armée britannique avait ouvert le feu "sans justification". Un premier rapport d'enquête, rendu peu après le drame par Lord Widgery, le plus haut magistrat britannique, avait blanchi l'armée, concluant qu'elle avait fait feu pour riposter, malgré la présence d'innombrables témoins affirmant que les marcheurs étaient sans armes. Après une campagne sans relâche des familles, le Premier ministre britannique Tony Blair avait ordonné en 1998 l'ouverture d'une nouvelle enquête publique, conduite par lord Saville. Cette tragédie avait marqué un tournant, en attirant brutalement l'attention du monde entier sur le conflit. La même année, Londres avait repris en mains l'administration directe de l'Irlande du nord en suspendant le parlement local. Le drame marqua aussi une augmentation des enrôlements de jeunes nationalistes au sein de l'IRA, qui devint l'une des forces clandestines les mieux organisées du monde. "Cela veut dire que la guerre est vraiment finie", avait récemment commenté un observateur nord-irlandais, pour qui les aveux de Martin Mc Guinness scellent le renoncement définitif de l'IRA -- en cessez-le-feu depuis juillet 1997 -- à la violence.